Les Aguilar - Chapitre 10 – Ce qui demeure


Il y a des noms que l’on croit perdus.

Des noms effacés par le sable, par la mer, par les registres jaunis du temps.
Et puis un jour, on les retrouve, au détour d’une ligne tremblée d’encre,
et tout un monde se remet à respirer.


Je me souviens du jour où j’ai lu pour la première fois :
“José Aguilar, fils de José Aguilar Pino et de Josefa Muñoz, époux de Rita Ferrando.”
Quelques mots seulement, sur un acte ancien, mais assez pour faire naître des visages.

Je les ai imaginés, dans la chaleur d’Alger, la mer au loin, les cris des enfants dans la rue.
J’ai entendu la voix de Maria Antonia chanter doucement pour sa fille,
celle de José parler du travail au port,
et le rire de Josefa, fatiguée mais fière, dans leur maison blanche de Bab El Oued.


Je me suis mise à chercher.
Chaque date, chaque signature, chaque mention dans les registres devenait un fil de vie.
Une trace ténue, mais tenace.
Et peu à peu, le passé s’est recomposé — comme si la mer avait rendu ce qu’elle avait emporté.

Les Aguilar n’étaient plus des ombres.
Ils étaient là, vivants à nouveau : dans le souffle du vent, dans les pierres d’Alger,
dans le sang de ceux qui leur ont succédé.


Parfois, je ferme les yeux et j’imagine José sur la terrasse, regardant la mer.
Je me demande s’il pensait à nous,
à ceux qui, plus d’un siècle plus tard, chercheraient son nom parmi les archives.

Il n’a pas su qu’il deviendrait un point de départ
celui d’une quête, d’un livre, d’un souvenir rendu à la lumière.


Et moi, à mon tour, je regarde la mer.
Elle n’a pas changé : la même ligne d’horizon, la même lumière blanche.
Mais je sais maintenant ce qu’elle cache :
des vies entières, des silences, des amours, des départs, des promesses tenues.

Ce qui demeure, ce n’est pas seulement leur nom,
c’est ce qu’ils ont transmis sans le savoir :
la force d’avancer, la fidélité aux racines, et le courage de recommencer ailleurs.


Alors, à toi, José —
à toi, Maria Antonia,
à Josefa,
et à tous ceux qui ont traversé la mer :

je rends vos voix au vent,
vos visages à la lumière,
et vos pas au sable d’Alger.

.


Fin de la série : “Les Aguilar – Chronique d’un exil”
Une histoire vraie, devenue récit.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les Aguilar – Chronique d’un exil (1845–1850)

Joséphine – Les racines du courage

🌾 Les silences de Marie